L’analyse criminelle, de quoi s’agit-il ?

Une petite définition

L’analyse criminelle est une démarche systématique qui consiste à collecter, organiser, structurer, mettre en relation et interpréter des informations relatives à des événements ou activités criminels afin de produire une connaissance permettant de mieux comprendre un problème de sécurité et de soutenir la décision et l’action.
Inspiré de la thèse de Quentin Rossy

Elle consiste à collecter, organiser, structurer, croiser, mettre en relation et interpréter des éléments provenant de sources multiples afin d’identifier des relations, des structures, des régularités, des anomalies ou des évolutions qui ne sont pas toujours directement visibles.

Cette démarche peut être représentée comme un processus :

Trace / Donnée → Information → Connaissance → Renseignement ou Preuve → Décision → Action

De la trace ou de la donnée à l’information

Une activité criminelle laisse des traces. Celles-ci peuvent être matérielles, numériques, financières, téléphoniques, documentaires ou comportementales.

Ces traces, ainsi que les données recueillies dans le cadre de l’activité policière, constituent la matière première de l’analyse.

Une donnée prise isolément possède une portée limitée. Elle devient une information lorsqu’elle est replacée dans un contexte, reliée à une source, structurée et interprétée par rapport à une question ou à un problème donné.

L’analyse criminelle commence donc par un travail essentiel de sélection, structuration, contextualisation et mise en relation des données et des traces.

De l’information à la connaissance

L’analyse ne consiste pas simplement à accumuler des informations.

Elle vise à les comparer, les croiser, les mettre en perspective et les interpréter afin de produire de la connaissance.

Cette connaissance peut notamment permettre de comprendre :

  • les acteurs impliqués ;
  • les relations entre personnes, organisations, objets ou événements ;
  • les séquences temporelles ;
  • les dynamiques géographiques ;
  • les modes opératoires ;
  • les répétitions ou anomalies ;
  • les éléments qui soutiennent ou contredisent une hypothèse.

La connaissance résulte ainsi d’un raisonnement analytique explicite, fondé sur les informations disponibles et tenant compte de leurs limites, de leur fiabilité et des incertitudes.

De la connaissance au renseignement

Lorsque la connaissance produite par l’analyse est mobilisée afin de réduire l’incertitude et soutenir une décision, elle contribue au renseignement.

Le renseignement peut servir à :

  • orienter une enquête ;
  • identifier des priorités ;
  • comprendre une menace ou un phénomène criminel ;
  • anticiper certaines évolutions ;
  • soutenir une décision opérationnelle ou stratégique ;
  • orienter l’allocation des ressources.

Le renseignement est donc principalement tourné vers la décision et l’action.

Il ne vise pas nécessairement à démontrer juridiquement un fait, mais à fournir une connaissance pertinente et exploitable dans un contexte décisionnel.

De la connaissance à la preuve

La connaissance produite par l’analyse peut également contribuer à la preuve.

Dans ce cadre, l’objectif n’est plus seulement de comprendre ou d’orienter l’action, mais de contribuer à établir les faits dans un cadre judiciaire.

L’analyse peut notamment permettre de :

  • reconstruire une chronologie ;
  • mettre en évidence des relations entre personnes, objets et événements ;
  • rapprocher des éléments provenant de sources différentes ;
  • identifier des convergences et des contradictions ;
  • tester différentes hypothèses ;
  • expliciter le raisonnement reliant les informations disponibles aux conclusions proposées.

La preuve implique toutefois des exigences particulières en matière de traçabilité, fiabilité, documentation et valeur probatoire.

Le renseignement et la preuve reposent donc sur une même base de connaissance, mais répondent à des finalités différentes.

Le renseignement vise principalement à orienter la décision et l’action.

La preuve vise principalement à établir les faits dans un cadre judiciaire.

Comprendre plutôt que simplement représenter

L’analyse criminelle ne se résume pas à produire des graphiques, des cartes ou des schémas relationnels.

Ces représentations sont des outils au service d’un raisonnement analytique.

L’analyste cherche notamment à répondre à des questions telles que :

  • Quels événements, individus ou objets sont liés ?
  • Comment les activités évoluent-elles dans le temps et dans l’espace ?
  • Existe-t-il des répétitions ou des modes opératoires similaires ?
  • Quels éléments soutiennent ou contredisent une hypothèse ?
  • Quelles informations sont encore manquantes ?
  • Quelle connaissance peut être produite à partir des informations disponibles ?
  • Cette connaissance peut-elle servir de renseignement ou contribuer à la preuve ?

L’objectif est de réduire l’incertitude en produisant une connaissance structurée, argumentée et exploitable.

Plusieurs dimensions complémentaires

Dans la conception développée notamment par Quentin Rossy et Olivier Ribaux, l’analyse criminelle combine plusieurs dimensions.

Les entités et leurs relations
Personnes, organisations, véhicules, téléphones, comptes, objets, événements ou autres entités peuvent être reliés afin de mettre en évidence des structures et des réseaux.

Le temps
Les événements sont replacés dans leur chronologie afin d’identifier des séquences, des répétitions et des périodes significatives.

L’espace
La localisation des faits permet d’observer des concentrations, des déplacements, des zones d’activité ou des logiques territoriales.

Les dimensions quantitatives
Les données peuvent être agrégées et comparées afin d’identifier des fréquences, des évolutions, des corrélations ou des phénomènes atypiques.

La combinaison de ces perspectives permet de transformer des traces et des données dispersées en une compréhension structurée d’une situation criminelle.

L’analyse criminelle se situe ainsi au cœur d’un processus :

Trace / Donnée → Information → Connaissance → Renseignement / Preuve → Décision → Action